Dernière mise à jour : 5 août 2026
Le 3 août, LVMH a confirmé avoir cédé l'intégralité de Patou à Nirvana Investments, la holding de l'homme d'affaires britannique Dilesh Mehta. Le groupe détenait une participation majoritaire depuis 2018, quand il s'était donné pour mission de ramener la maison parisienne endormie dans le prêt-à-porter. Huit ans plus tard, il en sort, à des conditions non divulguées. La vente a été rapportée par FashionNetwork et confirmée par WWD.
L'acheteur n'est pas un inconnu pour la maison. Le groupe Designer Parfums de Mehta détient la licence des parfums Jean Patou depuis 2011, et il est resté actionnaire et partenaire stratégique pendant toutes les années LVMH, comme l'a rapporté The Business of Fashion. La maison revient donc à celui qui la possédait avant l'arrivée de LVMH.
Les chiffres de ces huit années sont publics, ce qui est inhabituel pour une histoire de ce genre.
Ce que le relancement a réellement coûté
Les comptes déposés par Jean Patou SAS montrent un chiffre d'affaires en hausse constante sous LVMH : 3,95 millions d'euros en 2021, 8,02 millions en 2022, 13,02 millions en 2023, puis 13,76 millions en 2024. Une croissance selon n'importe quel critère habituel.
Sur ces mêmes quatre années, l'entreprise a accumulé plus de 23,9 millions d'euros de pertes nettes. La pire année a été 2024, avec 7,18 millions, qui est aussi l'année où le chiffre d'affaires s'est stabilisé. Les ventes ont à peu près triplé et les pertes se sont creusées en même temps qu'elles. Tous ces chiffres proviennent des documents résumés par FashionNetwork.
Une réserve mérite d'être formulée : une partie des coûts de Patou a pu être logée dans d'autres entités de LVMH, les comptes déposés ne donnent donc pas une image complète de ce qu'a consommé le projet. La tendance générale reste néanmoins claire.
Pourquoi ce modèle coûte cher
Faire renaître un nom de couture patrimonial en marque de prêt-à-porter mondiale suppose de financer tout l'appareil avant même que le chiffre d'affaires n'existe. Les collections saisonnières sont conçues, échantillonnées et produites avant toute commande. Les comptes de gros veulent du stock disponible et le droit de retourner ce qui ne se vend pas. Présence sur les podiums, campagnes et boutiques physiques sont toutes financées en pariant que l'échelle finira par les couvrir.
Patou a bien réussi la moitié créative de cet exercice. Guillaume Henry, qui a dirigé la maison depuis le relancement jusqu'à son départ discret en février dernier, en a fait un rendez-vous incontournable du calendrier parisien et de la distribution internationale. Ce qui n'a jamais suivi, c'est un volume assez large pour porter les coûts fixes.
LVMH a été direct sur la destination de son argent aujourd'hui. Le chiffre d'affaires du groupe a progressé de 2 % à périmètre comparable au premier semestre 2026, l'accélération se concentrant sur ses plus grandes maisons, selon le résumé des résultats semestriels par l'AFP. En mai, le groupe a accepté de vendre Marc Jacobs à WHP Global et G-III pour 850 millions de dollars, après près de trente ans de propriété. Patou est la deuxième cession en trois mois.
Ce qui nous concerne
Notre situation n'est pas comparable en échelle, et prétendre le contraire serait absurde. Patou évoluait à une taille où une perte annuelle de 7 millions d'euros reste supportable un temps. Nous sommes un petit atelier en Slovaquie.
Le principe structurel, lui, se transpose. Chaque pièce que nous confectionnons est coupée après qu'une cliente l'a commandée, à ses propres mensurations. Il n'existe aucune saison de stock produite sur prévision, aucun retour de gros, aucun cycle de démarque pour écouler ce que la prévision a mal anticipé. Les collections Lingerie et Lace Poetry existent sous forme de patrons et de spécifications de tissu jusqu'à l'arrivée d'une commande. La croissance est plus lente ainsi. Nos coûts, eux aussi, évoluent avec la demande plutôt que de la précéder.
Le sur-mesure a de vrais inconvénients, et nous préférons les nommer. Les délais sont plus longs que ce qu'un entrepôt peut offrir. Les échanges sont plus compliqués quand un vêtement a été construit pour un jeu de mensurations précis. Les clientes habituées à la livraison le lendemain trouvent l'attente déroutante au début.
Ce que la presse professionnelle appelle savoir-faire dans une maison comme Patou se résume, à l'échelle du travail, essentiellement à ceci : quelqu'un coupe un vêtement précis pour un corps précis, et la coupe naît du patron plutôt que d'un tableau de tailles qui l'approxime. Naomi, avec son travail architectural de brides, ne tient sa ligne que parce que la position des brides est fixée sur des mensurations réelles plutôt que sur un gradage standard.
Où va Patou maintenant
Mehta a déclaré que Nirvana Investments construirait sur les fondations existantes, avec une attention particulière portée au parfum et à la distribution internationale. Son parcours est celui du parfum, et le produit le plus célèbre de Patou demeure Joy plutôt que n'importe quel vêtement, cet accent correspond donc aux actifs dont il dispose.
La maison a été fondée en 1914 et a survécu à tous ses précédents changements de mains, y compris de longues périodes sans production de vêtements du tout. Marc Bohan, Karl Lagerfeld, Jean Paul Gaultier et Christian Lacroix y sont tous passés. Un nouveau propriétaire est un événement ordinaire dans son histoire plutôt qu'une fin.
Atelier Notes est l'espace où l'équipe Lioness écrit sur l'industrie plus large de la mode et de la lingerie : moments de podium, récits de savoir-faire, et les idées qui traversent la mode et qui rejoignent notre propre façon de construire nos pièces. Une voix distincte des guides de Lioness Studio, mais portée par la même équipe.













